
De tout le panthéon du maître de Providence, Cthulhu est certainement l’entité la plus célèbre. Un monstre gigantesque et cosmique, arborant une tête de pieuvres et des ailes de chauve souris. Prisonnier d’une cité engloutie au plus profond de l’océan, ce dernier rêve alors que ses fidèles préparent son retour.
Écrivain maudit devenu culte, publié à titre posthume, HP Lovecraft inspire le jeu vidéo depuis bien longtemps. Il y a tout d’abord eu Shadow of the Comet, et tout un tas de “point and click” compliqués au début des années 1990. On a aussi eu droit à deux adaptations officielles du jeu de rôle papier, L’Appel de Cthulhu, en 2006 et en 2018. Plus récemment, le très ambitieux “The Sinking City” de Frogwares, proposait le premier Open World Lovecraftien.





Toujours le cul entre trois chaises, ces titres veulent être à la fois des jeux d’horreur, d’enquête et de rôle. Un numéro d’équilibriste oh combien casse-gueule, surtout pour des petits studios dont les budgets sont limités. En résulte des titres très atmosphériques, au gameplay généralement bancal, et au fan service abondant et peu inspiré. Seule exception à la règle, Eternal Darkness (2002), faisait du Lovecraft sans Lovecraft, avec beaucoup de talent et un gameplay inspiré.
Cthulhu : The Cosmic Abyss ne déroge pas à la règle. Car dans le monde visqueux du JV Lovecraftien, il semblerait que l’habit fasse le moine.
Ce qui surprend dès le lancement du titre, c’est que l’action se déroule dans un futur proche. Alors exit les années 20, les petits chapeaux et la prohibition. Un choix qui permet de changer de décor, mais aussi de justifier certains éléments de gameplay. Dont l’assistant virtuel de votre avatar. Une manœuvre habile qui permet d’intégrer l’interface de manière naturelle.





Passons brièvement sur l’histoire. Il est une fois de plus question de cultes qui rendent fous, de dimensions abstraites et d’horreurs cosmiques. Le fan de Lovecraft sera en terrain connu, avec ses hiéroglyphes incompréhensibles, ses constructions cyclopéennes et ses géométries non euclidiennes. On se retrouve donc dans une base sous-marine déserte, au plus profond des abysses. L’équipage à disparu, et tout est recouvert d’une substance nauséabonde. Miam.
Si le jeu se présente comme un simulateur de marche, il s’apparente véritablement à un Point And Click en 3d. On évolue dans les niveaux en farfouillant à la recherche d’informations. On lit les journaux de l’équipage. On scanne des matériaux. Si le système est intéressant, il est par contre très mal expliqué. D’autant qu’il faudra tirer des conclusions dans le “vault”, l’équivalent du palais mental. Ce qui est indispensable pour progresser. Un système prometteur, en théorie. En pratique, on tourne en rond, tel un poulet sans tête, tout en spammant le scanner. C’est là que le bât blesse. Car les énigmes sont inégales, autant dans leur difficulté que leur qualité. Quitte à décourager. J’ai par exemple été tenté de jeter l’éponge dès le premier chapitre, avec son labyrinthe aquatique infernal.






Côté technique, le résultat est aussi mitigé. Les environnements sont plutôt jolis, mais cela se ressent sur les performances. Les effets liquides sont agréables à regarder, et les zones explorées sont délicieusement angoissantes. Mais le framerate peine à se maintenir, et le jeu n’est pas exempt de bugs. L’expérience est loin d’être une promenade de santé, avec des chutes de FPS régulières.
En conclusion, Cthulhu : The Cosmic Abyss est plein de bonnes intentions. Mais il ne parvient pas à se soustraire à la malédiction qui touche ceux qui adaptent Lovecraft. On retiendra une atmosphère plaisante, gâchée par des puzzles inégaux. Un titre à réserver aux fans les plus hardcore de la pieuvre cosmique.
Test réalisé par Florian